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Abdelatif Benazzi, Capitaine au grand coeur

Ancien joueur de rugby à XV et Capitaine emblématique de l’Equipe de France, Abdelatif Benazzi dirige aujourd’hui une entreprise de conseil en Management. Il est aussi consultant pour Eurosport et préside l’association humanitaire “Noor” qui œuvre pour l’enfance défavorisée dans l’Est Marocain (plus de détail dans l’entretien qui suit - Lire son portrait complet en fin d’Interview). Ce grand homme par la carrure et la prestance a répondu à nos questions, avec les qualités de cœur qui le caractérisent… 

ENTRETIEN

Lemondedesaidants : Quelles sont les qualités requises pour faire un bon compétiteur ?

Abdelatif Benazzi : Etre passionné, persévérant et fournir un travail de qualité sur la durée, quitte à se marginaliser par rapport à son entourage, sans oublier bien sûr des aptitudes physiques… Lorsque je suis arrivé au Club de rugby à XV de Cahors (mon premier club en France), j’étais particulièrement affûté : bien que 2e ligne, j’allais plus vite que les trois quarts…

Lemondedesaidants : Comment gériez-vous vos efforts ?

Abdelatif Benazzi : savoir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour soi permet de trouver l’équilibre nécessaire à sa physiologie. C’est un tout : la récupération est aussi importante que la préparation et la compétition…  Au départ on est fougueux, ensuite, l’expérience parle et  cela ne se fait pas tout seul. Il est important de savoir s’entourer et de suivre les conseils des professionnels de santé ou de coach physique. Ensuite, l’expérience permet de gérer l’effort. S’il m’arrivait de souffrir à l’entraînement, ensuite, bien souvent les matchs me paraissaient faciles… Il est aussi important de savoir s’aérer le mental, de lâcher prise. À ce titre, les blessures m’ont parfois permis de voir les choses autrement, d’avoir la distanciation nécessaire et d’analyser à froid ce que je faisais en tant normal à 100 à l’heure.

 

Lemondedesaidants : Comment surmontiez-vous les découragements ?

Abdelatif Benazzi : le vécu d’un moment de faiblesse est important : dans  ces moments-là, l’esprit et le corps s’expriment… J’ai subi de graves blessures dans ma carrière sportive. Dans ces moments-là, il faut vivre les traumatismes comme des passages obligés et ensuite savoir rebasculer sur le positif allié, au même titre que la prudence et la patience pour relativiser (…), En se donnant des petits challenges pour remonter la pente, avec le soutien de ses proches. C’est à ce prix que les frustrations se transforment en abnégation, courage et force.

 

Lemondedesaidants : En 1996 et 1997, vous étiez Capitaine de l’Equipe de France de rugby à XV… Quel conseil de coaching donneriez-vous aux aidants pour les galvaniser dans leurs missions de soutien?

Abdelatif Benazzi : Avoir le statut de Capitaine d’une équipe nationale implique avant tout d’être exemplaire sur le terrain, d’être un joueur digne de confiance et de mener le combat. Cela dit, je n’aurai rien pu faire seul, j’ai toujours eu besoin de 14 autres capitaines pour réussir sur le terrain. Nos qualités peuvent mener les autres dans notre sillage. Il est aussi important de choisir des relais dans l’équipe, capitaliser leurs forces, pour que la suite soit vite prise en cas de besoin.

Il faut aussi trouver les mots justes pour booster ses co-équipiers et savoir prendre du recul en vivant d’autres moments ensemble en dehors des entraînements… 

 

Lemondedesaidants : Vous êtes impliqué dans des missions associatives ?

Abdelatif Benazzi : En effet, depuis 2002, je préside l’Association “Noor” (“Lumière en arabe), laquelle mène une action au Maroc visant à venir en aider à la jeunesse. En 10 ans, nous avons construit ou rénové 8 écoles dans l’Est du Maroc, région dont je suis natif. Ces écoles permettent d’éclairer les destins d’enfants défavorisés et de leur faire bénéficier d’infrastructures pour avoir une vie décente et un espoir d’avenir. Nous favorisons également l’insertion des enfants par la pratique du sport, notamment par le ballon ovale. Chaque année, nous organisons avec mon ami Abdel un programme d’initiation au rugby de 3 jours qui accueille entre 500 et 1000 enfants.

Site Internet de l’association Noor : www.association-noor.org

 

Lemondedesaidants : Comment est perçu et gérer la dépendance au Maroc ?

Abdelatif Benazzi : Les maisons de retraite n’existent pas au Maroc. À mon arrivée en France, j’ai été frappé de constater que beaucoup de personnes âgées étaient livrées à elles-mêmes, ce qui est inconcevable dans ma culture arabe et musulmane. Avant sa disparition, mon père et mes oncles se disputaient la garde de ma grand-mère (…) Parce que chez nous, c’est un honneur et un devoir de veiller et de prendre soin de nos anciens.

 

Lemondedesaidants : Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux aidants ?

Abdelatif Benazzi : je suis très admiratif de leur dévouement. Les aidants agissent sans rien attendre en retour, si ce n’est un sourire et l’amour de ceux qu’ils soutiennent. Cet engagement fait partie de leur cœur et de leur comportement naturel et ils devraient être cités en exemple. Nous avons un “devoir humain” à agir comme ils le font… 

 

PORTRAIT

Abdelatif Benazzi est né en 1968 à Oujda au Maroc. Sa famille est un important clan familial issu d’une dynastie noble.

Après avoir commencé par le football, où il était gardien de but, puis l’athlétisme à l'Union Sportive Oujda en tant que lanceur de poids et de disque, il se tourne à 14 ans vers le rugby à XV. Le rugby est un sport peu populaire au Maroc. Au collège, un éducateur, Souilmi, lui apprend les rudiments du rugby. C’est la révélation pour lui. À 16 ans, Abdel rencontre Reinhart Janik, qui l’initie aux subtilités du rugby au sein du club d’Oujda, la meilleure équipe du Maroc. Il est sélectionné en équipe junior marocaine en 1985, puis se fait remarquer dès sa première saison par des clubs français lors de tournées en Europe. À 18 ans, il est le meilleur joueur de son pays natal.

Il rejoint en 1988 le club de Cahors. Il parle à peine le français. Benazzi trouve rapidement sa place sur le terrain et se fait remarquer en devenant le meilleur marqueur d’essais du championnat saison 1988-89. Plusieurs grands clubs l'observent, mais c’est finalement Agen, champion de France en titre, qui le fait signer. Benazzi y joue aux côtés de Philippe Sella.

Une sélection avec l’équipe du Maroc contre l’équipe de Belgique en 1990 faillit l'empêcher de jouer en équipe de France, où il est sélectionné par Jacques Fauroux. Pour sa première sélection dans le XV de France, il est expulsé dès la treizième minute de la rencontre Australie-France disputée à  Sydney le 9 juin 1990 et remportée sur le score de 21 à 9 par les Wallabies.

Abdelatif participe à la Coupe du Monde 1991 et se voit sélectionné pour une tournée en Afrique du Sud en 1993. Blessé au genou, il ne jouera aucun des tests matchs, mais de fait, aura le temps de découvrir les ghettos, les townships et de rencontrer Nelson Mandela.

En 1994, il fait partie de la tournée de l’équipe de France en Nouvelle-Zélande. L’équipe de France enregistre une double victoire consécutive et inédite face aux All-Blacks. Repéré au niveau international, on lui propose de venir jouer en Australie, mais il décide finalement de rester en France.

En 1995, il participe à la 3e Coupe du Monde organisée en Afrique du Sud. L’équipe  de France s’incline en demi-finale face aux Springboks. Sous une pluie diluvienne, un essai marqué par Benazzi à deux minutes de la fin est refusé pour quelques centimètres.

En novembre 1996, Abdelatif il est nommé capitaine de l’équipe de France. Lors du tournoi des cinq Nations, la France bat l’Angleterre chez elle à Twickenham lors d’un match à rebondissements. Lors du dernier match, contre l’Écosse au Parc des Princes, Benazzi marque le premier essai français. La France réalise le grand Chelem.

La même année, il est nommé au Haut Conseil à l’Intégration par Jacques Chirac. Il va y passer trois ans sous la direction de Simone Veil.

1998, Benazzi se blesse gravement au genou. Il lui faudra plus d’un an pour revenir.

En 1999, il est sélectionné pour sa troisième Coupe du Monde. Il joue sa deuxième demi-finale de Coupe du Monde contre des All-Blacks (et Jonah Lomu). Au terme d’un match historique, la France bat la Nouvelle-Zélande et se qualifie pour la finale (que la France perd face à l’Australie).

Le 9 mars 2000, Abdelatif Benazzi reçoit les insignes de chevalier de la Légion d’honneur des mains de Martine Aubry, Ministre de l’emploi et de la solidarité. Le 20 mars de la même année, il est reçu à l’Elysée lors de la première visite en France du roi Mohammed VI.

L’Angleterre est son dernier challenge sportif, où il retrouve comme entraîneur au club des Saracens, François Pienaar, le capitaine des Springboks sud-africains, qui l’avait battu en 1995. Benazzi raccroche définitivement les crampons en mai 2003 à l’âge de trente-quatre ans.

Président de l’Association Noor, il mène une action au Maroc visant à l’insertion des enfants par la pratique du sport, notamment par le ballon ovale.

Il a co-écrit en 2005 avec le journaliste sportif Richard Escot l'ouvrage “Benazzi, une vie à l'essai”, éd. Flammarion préfacé par Nelson Mandela. Michel Gardère lui a consacré un livre intitulé “Abdelatif Benazzi - l'homme aux trois patries : la France, le Maroc, le rugby”, éd. La Table Ronde, 1995.

En 2007, il publie “XV leçons pour coacher votre équipe et réussir dans vos entreprises”, aux éditions Maxima.

Il a été membre du Haut Conseil à l’intégration.

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