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Isabeau, Artiste Montmartroise : “dans la vie, il faut avancer…”

Son talent passe par tous les registres, de l’humour à la gravité,  de la poésie à une gouaille qui nous enchante !

Isabeau  joue dans divers lieux parisiens : théâtres, café théâtres, festivals, musées... Elle participe aux manifestations commémoratives, anime des fêtes et des tournées en province.

Isabeau nous emporte dans “100 ans de chansons d’Amour”,  tendres et coquines et dans la poésie de Paris d’Aristide Bruant à Francis Lemarque, en passant par Yvette Guilbert, Boby Lapointe, Barbara, Marie Paule Belle et tant d'autres...

Son dernier album à découvrir intitulé “Le pays de nos désirs” célèbre les animaux - « qui n'ont pas la parole pour se défendre » dit-elle -  et la nature. Elle en a écrit les textes. On peut en écouter des extraits sur internet sur : www.isabeaupaname.free.fr

 

Actuellement, Isabeau ressuscite l'esprit du cabaret  et reçoit à chaque représentation un nouvel  invité musical au Petit Théâtre du bonheur, 6 rue Drevet, dans les escaliers de Montmartre,  tous les derniers vendredis du mois à 20h jusqu’en juin 2014,  puis  à partir de la rentrée de septembre.

Lemondedesaidants : Isabeau quel est votre parcours ?

Isabeau : En quelques mots, j’ai fait des études de lettres et d’anglais et parallèlement, je jouais Molière, Tchekhov. Anouilh (…) au théâtre. Je me suis mariée,  j’ai eu ma fille, j'ai divorcé et là, j’ai du gagner ma vie. J’ai passé un DESS de psycho et j’ai commencé à travailler comme psychologue clinicienne à l'hôpital de Beauvais. Mais la scène me manquait terriblement et dans ma vie, je n’ai jamais cessé de chanter, un besoin irrésistible de m’exprimer… Comme disait Rilke, « L’art est une nécessité intérieure..…». On ne peut tricher, c’est par cette notion de besoin de vivre son art que l’on est un artiste.

 

Lemondedesaidants : Avez-vous  été aidante dans votre vie ?

Isabeau : Oui, j’ai été aidante pour mon mari Dominique Berger, dit Doberg,  un sculpteur  talentueux. Un caractère!  Plus encore un personnage ! Hélas nous vivions sur un volcan sans le savoir. L'irruption du volcan  a commencé par une poussée de tension qui l'a conduit à l’hôpital, puis ça a été l'hémiplégie à cinquante quatre ans...  Une fois rentré à la maison nous avons plongé dans l’univers de la rééducation et des hospitalisations !  Cela a duré douze ans ;  je ne préfère pas rentrer dans les détails, car cela réveille de pénibles instants...

Enfin, il faut savoir qu’être aidant a un prix sur sa vie privée et professionnelle !  Dans mon métier, j’ai perdu beaucoup de contacts par rapport à ma carrière d’artiste, mais je ne le regrette pas !

 

Lemondedesaidants : Quelques mots sur votre partage avec l’Aidé ?

Isabeau : Nous étions artistes tous les deux, donc notre moyen de communication était là dans le créatif. Nous partagions nos vies artistiques : je parlais de ce que je faisais, lui de ses projets qui n’étaient pas voués à se réaliser du fait de sa santé, mais qu'il avait toujours; l’humour nous accompagnait...

 

Lemondedesaidants : Comment avez vous vécu le handicap de votre mari quand il était en fauteuil roulant ?

Isabeau : Le regard des autres, c’est une des choses les plus terribles ! En traversant une rue en fauteuil roulant, un automobiliste nous a dit « Vous ne pouvez pas aller plus vite » ! Il faut toujours dépasser coûte que coûte cette impossibilité de faire les choses normalement quand on vit un handicap… Chaque moment de vie devient une véritable expédition, il faut penser à tout : Taxi spécial, déployer une chaise, des gens qui klaxonnent, des cafés, des restaurants où tout devient compliqué. Parfois les handicaps se cumulent. Sans compter les coûts financiers,  les gardes à domicile. En un mot un vrai parcours du combattant !

Nous sommes allés à Cuba un an avant sa mort, car je voulais continuer à vivre normalement, si je puis dire. Là bas les cubains se précipitaient avec plaisir et tout naturellement pour nous aider! Quel bonheur ces gens positifs!

 

Lemondedesaidants : Quel enseignement retirez-vous de votre vie d’aidante ?

Isabeau : Ce n’est pas tant d’en avoir retiré quelque chose… Quand on est vrai, on est vrai tout le temps avant et après. Il n’y a pas de place pour les faux fuyants. Dominique reste présent mais je ne vis pas dans le passé. J’ai ma vie d’amour, ma vie de famille et d’artiste.

Nous, les êtres humains ne vivons jamais complètement le présent,  nous sommes constamment projetés dans nos actions futures ou  passées. Cette époque où j'étais aidante m’a appris à  vivre davantage dans l’ici et le maintenant.

 

Lemondedesaidants : Votre vision de la vie a-t-elle été modifiée avec cette expérience humaine ?

Isabeau : J’ai pris encore plus conscience  que la mort peut nous surprendre n’importe où. « Il est incertain où la mort nous attende, attendons la partout » écrivait Montaigne. Je le savais déjà avant mais là  plus encore! Ma fille Hana me dit toujours « Tu as le temps ! On a la vie devant nous ». Quand je suis pressée d'accomplir des choses ou que j'insiste pour que mes petits enfants viennent me voir, maintenant je dis « On ne sait jamais…».

Dans ce parcours d’aidante,  j’ai eu des moments où je me suis battue avec une force extrême ! Il n’y a pas possibilité de faire autrement. En pleine action vous ne prenez pas conscience du dépassement de soi. C’est comme en temps de guerre ! Il n’y a pas le choix, il faut se débrouiller ! Avancer !

 

Lemondedesaidants : Votre expérience vous amène à donner quels conseils aux aidants  ?

Isabeau : Il faut impérativement garder une vie à soi, par exemple, sortir certains soirs… Ainsi au retour, vous pouvez raconter des choses nouvelles à celui que vous aidez.

 

Lemondedesaidants : Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

Isabeau : Je garde cet esprit de revendication un peu rebelle pour faire avancer la cause des aidants et des aidés,  notamment dans le cadre des conseils de quartiers. Faire cesser ces parcours du combattant ! Systématiser l’accessibilité pour les handicapés…  Enfin ne plus jamais vivre l’extérieur comme une somme d’embuches ou de missions impossibles. La cause  “des aidés et des  aidants”  doit avancer plus vite pour au moins faciliter la vie des gens  au quotidien. Pouvoir aller boire un verre dans un café comme tout le monde. La vie quoi! 

Mai est le mois de l'anniversaire de “Doberg”. Chaque année, à cette date anniversaire, je crée un événement, je chante, j’expose ses œuvres, j’invite nos amis. J'aimerais lui dédier cette interview…

 

 Interview réalisée par Michèle Clary

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